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L’Histoire globale de la France coloniale : un ouvrage capital sur la colonisation française

vendredi 2 décembre 2022, par Michel Berthelemy

Avec cette somme de 800 pages, les historiens membres du groupe de recherche Achac font le tour de ce qu’il faut savoir sur la colonisation française.

par Séverine Kodjo-Grandvaux , Le Monde, 28 novembre 2022

Partant du constat que « depuis le début des années 1990, la “question coloniale”, englobant l’esclavage, la colonisation et leurs conséquences contemporaines, est devenue en France – mais aussi dans la plupart des pays d’Europe occidentale et aux États-Unis, en Inde, au Japon, au Canada, en Amérique du Sud et en Afrique – hautement polémique », des historiens ont décidé de publier une Histoire globale de la colonisation française. Une somme de plus de 800 pages et d’une centaine d’articles « fondateurs et novateurs, souvent ignorés du grand public », rassemblés par les historiens français Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire, et leur confrère américain Dominic Thomas, membres du groupe de recherche Achac. C’est à ce groupe de recherche que l’on doit les premiers travaux sur les zoos humains (voir notre article http://www.4acg.org/Quand-les-zoos-humains-attiraient-les-foules-il-n-y-a-pas-si-longtemps) et, dès les années 1990, un certain nombre de parutions grand public revenant sur l’impact de la colonisation sur les imaginaires français.

Un formidable vivier de connaissances

La plupart des textes repris ici ont marqué la discipline ces trente dernières années, soit parce qu’ils ont ouvert de nouvelles pistes de réflexion et champs de recherche, soit parce qu’ils proposent une excellente synthèse des analyses et savoirs actuels sur des sujets très précis. Ils constituent, de fait, « un formidable vivier de connaissances ». L’objectif annoncé de l’ouvrage est de « permettre à chacun de mieux comprendre ce que fut la période coloniale pour la France et comment la colonisation a profondément transformé non seulement les pays colonisés, mais aussi l’Hexagone et ce, dans tous les domaines ». Elle a ainsi contribué à façonner une culture coloniale, comme en témoignent la littérature, le théâtre, le cinéma, et toute une série d’affiches de publicité ou de propagande, de photographies et autres couvertures de magazines. Quelques-unes sont reproduites dans un instructif cahier iconographique central de 48 pages, reproduisant une centaine d’illustrations parues entre la fin du XVIIIᵉ siècle et le XXᵉ siècle.
Les contributions reviennent sur des sujets aussi divers que la question de l’esclavage, « l’érotisation violente des femmes », « l’invention des “races sauvages” », « l’expédition d’Égypte et la construction du mythe napoléonien », « l’école et les colonies », le régime de l’indigénat, les problématiques militaires, économiques, politiques, « le mythe colonial de Vichy », « les élites noires en France au temps de l’empire », la participation de la science à « l’édification d’un ordre colonial », la création d’un lobby colonial… Il pourrait en sortir un sentiment de dispersion et d’éparpillement. Mais l’ouvrage parvient à relier ces différents aspects sous cinq grandes parties thématiques et chronologiques. Il s’en dégage alors une certaine cohérence qui permet de comprendre comment s’est constitué « le second empire colonial au monde » et de saisir à quel point la question coloniale a été au cœur de la politique française des XIXᵉ et XXᵉ siècles.

Pluralité des approches

Les travaux rassemblés couvrent une période extrêmement large, de près de trois siècles, de la fin du premier empire colonial sous l’Ancien Régime, en 1763, jusqu’aux indépendances. Sans oublier l’époque actuelle et les multiples héritages coloniaux et impériaux, ainsi qu’en attestent les questions mémorielles soulevées ces dernières années, notamment à travers la question des statues déboulonnées ou de la restitution du patrimoine africain pillé, mais aussi le maintien d’une francophonie politique alors que la présence française en Afrique est aujourd’hui fortement remise en question.
Refusant le partisanisme des mouvements militants décoloniaux ou des nostalgiques de l’empire, l’équipe de recherche a tenu à publier des « travaux étant issus de courants interprétatifs ou de démarches méthodologiques différentes », aussi bien issus de courants que l’on pourrait qualifier de conservateurs ou de postcoloniaux, écrits par des historiens travaillant en France, en Afrique ou aux États-Unis, témoignant de la pluralité des approches ainsi que de l’ouverture de la discipline à la pluridisciplinarité. Un renouvellement des approches et des objets d’étude, « de l’histoire des femmes et du genre à l’histoire des minorités, de l’histoire des représentations à celle de l’imaginaire, de l’histoire économique à celle des groupes de pression, de l’histoire des violences à celles des multiples formes de résistance, des processus de conquête aux guerres de décolonisation, des cadres juridiques coloniaux à la complexité des gouvernances coloniales ».
Si l’histoire coloniale de la France a été relativement étudiée ces trente dernières années, il reste à la rendre accessible à un large public. Et ce d’autant plus qu’elle occupe encore une place très « marginale » dans les programmes scolaires, alors qu’« on ne peut qu’être frappé, écrivent les auteurs, par la jeunesse des participants aux manifestations visant la mise au jour de la “question coloniale” et ses conséquences actuelles ».

« Histoire globale de la France coloniale », sous la direction de Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Sandrine Lemaire et Dominic Thomas, Philippe Rey, 864 p., 34 €.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/11/28/l-histoire-globale-de-la-france-coloniale-rendue-accessible_6151986_3232.html

https://histoirecoloniale.net/Sous-le-titre-Histoire-globale-de-la-France-coloniale-une-anthologie-utile.html

Messages

  • Admiratif et intéressé par le champ proposé, je vais acheter ce livre mais je regrette que les auteurs se présentent ou qu’on les présente comme représentant d’historiens plus objectifs ou plus historiens que d’autres qui seraient « militants décoloniaux » ou « nostalgiques de l’empire ». La question de l’objectivité se pose à ceux qui ne veulent pas dire d’où ils parlent car beaucoup d’entre eux trompent ainsi leur lecteur.
    Pour ma part en tant qu’historien et écrivain je proclame au contraire haut et fort mon militantisme anticolonialiste et antisioniste et je compte que le lecteur me juge sur mon honnêteté et le sérieux de mon travail, ce que refusait de reconnaître un rabbin ultra-sioniste de Genève qui, me dit-il, ne voulait pas lire mon livre car il était préfacé par Michel Warschavski dont il connaissait bien les opinions !

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